Le maître
Le chat regarde à droite et à gauche. Puis, il fixe son regard sur un point. Qu’est-ce qui attire son attention ? Je ne peux pas vraiment deviner. Il ferme les yeux. Il les rouvre. Pour quelques instants il hésite, va-t-il s’endormir ? Il somnole. Je l’appelle, il me regarde en bougeant sa queue. Et hop, il trouve une position encore plus confortable, il referme les yeux. Il a l’air tranquille. La voix énervante de mon voisin ne le gêne pas. Est-ce qu’il sait que je l’observe ? Que j’écris sur lui ? Pour ce dernier sûrement pas. Il vient de se lever, il va vers la porte-fenêtre. C’est lui qui à son tour observe maintenant. Que cherche-t-il au juste ? Comment se sent-il ? Qu’est-ce qui lui ferait plaisir ? Qu’est-ce que je pourrais faire pour lui faire plaisir ? Un oiseau gazouille et cela l’intrigue sûrement. Mon chat aurait besoin d’action, qu’il se passe quelque chose dans sa vie. Or il a sa petite routine qui se confond avec la mienne.
Est-ce que j’ai suffisamment parlé de mon chat ? Je suppose que non. Il a cinq ans, il est beau, enfin je le trouve beau et la plupart des personnes qui le voient me font part de leur admiration : « Il a une belle fourrure, il a de beaux yeux, oh qu’il est mignon ! » Du coup, je me sens fière de lui et par ricochet fière de moi ! Comme si c’était à moi qu’il devait sa beauté de féline. J’essaie d’entretenir sa santé et son bien-être en le nourrissant et en le cajolant. A chaque fois que je le prends dans mes bras j’y pense. Je me dis que les caresses l’aideront à vivre longtemps. Je fais des calculs concernant nos âges. Quand il aura 15 ans, moi j’en aurai 48. Comment seront-nous dans dix ans ? Vivra-t-on dans le même appartement ? Aurai-je toujours le même travail ? Serai-je toujours célibataire ? Fera-t-il autant de bêtises ? Et le monde autour sera-t-il le même ?
Le chat et moi, on forme une espèce de famille ou de couple. Ma nièce en a pris conscience et quand elle me voit, elle me demande comment il va. « Maria et moi, on aime Piko », a-t-elle déclaré récemment pendant que l’on se mettait à table en famille. Elle en a de la perception ma petite nièce. Elle éprouve beaucoup de sentiments et mon chat en est concerné. Lui et ma nièce sont les membres les plus jeunes de la famille. Y en aura-t-il d’autres encore ? Je l’espère sincèrement. Je suis bien contente que Zoé pense à mon chat, qu’elle parle de lui en son absence. Mais j’aimerais aussi qu’un jour elle puisse rencontrer son petit cousin avec qui elle pourrait s’engager à une conversation ou qu’elle dise « Maria et moi, on aime le petit Nicolas », ceci étant si un jour j’ai un fils qui s’appellera Nicolas. Elle pourra alors le prendre par la main et jouer avec lui, comme maintenant je fais avec elle. Ce sera dans une lignée de transmission, d’héritage. Mais une sorte d’héritage qui ne soit pas lourd mais, au contraire, agréable et fort. Un héritage riche et léger à la fois comme le jeu d’un enfant. Le chat les regardera tous les deux, veillera sur eux, miaulera avec sagesse et compréhension. Son pelage sera toujours comme de la soie, ses yeux brilleront de satisfaction et d’expérience. Ce sera un chat content de la vie et sans regret. Comme un maître bien sage qui malgré les difficultés a su persévérer et garder espoir.
Le chat est sur mon bureau juste à côté de moi. Il s’endort au son des touches que je suis en train de taper pour écrire. Sait-il que je me réfère à son avenir de vieillard ? Il ne se sent pas concerné, il est tranquille, il vit dans le présent. Mes angoisses, mes rêves ne l’atteignent pas. Il se sent en sécurité ici auprès de moi. Il me transmet cette émotion alors qu’on n’a pas le même état d’esprit. Je lui dois de la reconnaissance. C’est un maître. Il m’enseigne, « Ce n’est pas grave si ton voisin crie fort, ce n’est pas grave si l’appartement est petit, ce n’est pas grave si je ne peux pas attraper l’oiseau qui gazouille au loin. L’important, c’est l’ici et le présent. »



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